Définition:
Le KBIP (Knowledge
Building International Project)
est un projet international de coélaboration des connaissances¹ sur les
changements climatiques. Plusieurs régions du globe sont impliquées,
notamment le Québec, la Catalogne, la Norvège, Hong Kong, les
États-Unis et le Mexique. Le Knowledge
Society Network
(KSN), réseau qui repose sur des partenariats université-milieu
scolaire et initié par Marlene Scardamalia et Carl Bereiter à la fin
des années 90, est l'organisation qui en est la colonne vertébrale. Le
KBIP, édition 2007-2008 de cet effort international de rapprochement de
deux cultures, soit la culture de la recherche et la culture de
l'enseignement (Bereiter, 2002; Laferrière, 2000), s'intéresse à un
problème d'envergure mondiale, soit le réchauffement actuel de la
planète. L'expression "changements climatiques" reflète ce problème
contemporain tout en le situant dans une perspective historique. En
2004, lors du Forum universel des cultures tenu à Barcelone, l'un des
trois principaux thèmes abordés fut le développement durable. Le KBIP
s'inscrit dans la foulée des travaux alors survenus et qui ont, entre
autres, intéressé de près le ministère de l'Éducation de la Catalogne
par le biais de son Bureau d'innovation et de coopération
internationale.
Le KBIP de cette année a pris forme à l'été 2007 au cours du Knowledge Building Summer Institute à l'Ontario Institute for Studies of Education
(OISE)/Université de Toronto. Une conjoncture d'événements en ont
permis la crisallisation dont les démarches de coélaboration de
connaissances exploratoires effectuées par certaines classes de
Barcelone (projet COMconèixer) et du Québec (projet École Éloignée en réseau),
le désir de poursuivre l'investigation dans le cadre de ces deux
projets, le succès de la collaboration réalisée entre des classes de
Barcelone et de Hong Kong l'année antérieure, l'intérêt à
co-investiguer avec des classes d'ailleurs dont la Norvège, le Mexique,
le Québec, les États-Unis et l'Ontario anglophone. La coordination du
projet est assumée par Thérèse Laferrière, professeure à l'Université
Laval (tlaf@fse.ulaval.ca) et chercheure associée du KNS.² Évolution du projet
Formation de partenariats classe(s)-classe(s)
Alors
que les uns et les autres se rencontrent et que les premiers contacts
sont créés, un calendrier de collaboration est établi. Suivant cette
rencontre, les enseignants du primaire et du secondaire commencent à
réfléchir aux questions de la problématique générale des changements
climatiques susceptibles d'intéresser les élèves durant l'année
scolaire 2007-2008 et explorent les arrimages possibles avec le
curriculum scolaire. De fil en aiguille, d'autres enseignants se
sentent interpellés par le projet et manifestent leur intérêt à en
faire partie. Thérèse Laferrière, assistée par Édith Bujold (edith.bujold@fse.ulaval.ca), et Mireia
Montané, assistée par Nicole Denayrolles, du Ministère de l’Éducation
de la Catalogne, commencent à recenser les initiatives locales de part
et d’autres de l’Atlantique et voient rapidement des possibilités de
partenariats se dessiner.
Des
rencontres de planification ont lieu entre les enseignants et les
responsables du projet grâce à des outils de vidéoconférence comme VIA
et Skype. Chacun expose ses buts et ses attentes. Un tableau des
associations possibles est créé et des partenariats naissent à tous les
niveaux, tant au local qu’à l’international. Suivant le calendrier
établi au Summer Institute, les enseignants commencent à se rencontrer
par vidéoconférence et définissent leurs partenariats, échangent leurs
courriels, décident quelles questions seront possiblement abordées avec
les élèves, quand auront lieu les prochaines rencontres entre les
enseignants et quand auront lieu les premiers contacts en
vidéoconférence entre les élèves. C’est ainsi que se développent des
liens entre Hong Kong et Barcelone, entre Barcelone, la Norvège et le
Québec, entre le Mexique et le Québec, etc., tant au primaire et au
secondaire qu’à l’université.
Fonctionnement
Dès
les premières semaines de l’année scolaire, les enseignants et leurs
élèves commencent à travailler au projet. Localement, ils utilisent le
Knowledge Forum (KF) pour travailler en réseau à coconstruire leurs
connaissances quant aux changements climatiques. À partir d’un
déclencheur choisi par l’enseignant, une question est formulée dans le
KF. Les élèves sont ensuite amenés à se prononcer sur la problématique,
le but étant de miser sur le coapprentissage et la coélaboration des
connaissances. Une fois la question de départ explorée par les élèves,
ceux-ci sont invités à créer une note « élever le propos » où ils
résument l’essentiel de leurs idées et de leurs réflexions. C’est cette
note qu’ils doivent présenter à leurs partenaires des autres écoles ou
des autres pays lors de sessions de vidéoconférence qui se tiennent à
la fin de chaque mois. Durant ces sessions, les élèves viennent
présenter les résultats partiels de leurs recherches sur les
changements climatiques. À tour de rôle, ils expliquent leur démarche,
leurs constats et leurs questionnements aux autres élèves (un vidéo de
ces échanges est disponible au www.tact.fse.ulaval.ca/kbip/excerpts1.mov).
Par la suite, au terme de ces rencontres entre les élèves de plusieurs
pays, les enseignants leur demande de réfléchir aux commentaires et aux
questions des autres groupes pour tenter d’améliorer leur propre
réflexion.
Au
primaire, les thèmes abordés sont tournés vers la nature et les
animaux. Beaucoup d’élèves font ressortir la condition des ours
polaires, les migrations des oiseaux et des poissons et la fonte des
glaciers comme problèmes relevant des changements climatiques. Certains
font des notes, d’autres des dessins, mais tous rendent compte des
changements et des esquisses de pistes de solutions commencent à
émerger.
Au
secondaire, la faune et la flore sont aussi présentes dans les
questionnements des élèves, mais plusieurs s’intéressent à la
responsabilité des hommes et de leurs actions quant aux changements
climatiques. Les thèmes abordés vont des transports en commun au
protocole de Kyoto en passant par l’effet de serre et les ressources en
eau potable. Ils songent à des solutions pour diminuer les impacts
négatifs des activités humaines sur la planète, et ils vont aussi
jusqu’à remettre en question les solutions des uns et des autres en
tenant compte de facteurs environnementaux, économiques, politiques et
sociaux. À titre d’amorce, plusieurs écoles secondaires ont utilisé le
film d’Al Gore An Inconvenient Truth pour entrer en contact avec la
situation actuelle sur la planète. Les réactions ont été très
intéressantes, et les notes des élèves dans le KF le rendent bien.
Bien
sûr, les élèves font face à un défi de taille lors de ces rencontres :
la langue. Les enseignants eux aussi doivent faire avec des partenaires
qui parlent anglais, français, catalan, espagnol,
norvégien et chinois. Dans le but de faciliter les échanges,
l’anglais a été
adoptée comme langue internationale lors des sessions de
vidéoconférence. Les gens de l’Université Laval et du Ministère de
l’Éducation de la Catalogne agissent à titre de traducteur lors des
rencontres quand le besoin s’en fait sentir, mais règle générale,
beaucoup font
l’effort de parler anglais pour se faire comprendre.
Depuis
septembre, des centaines d’élèves du primaire et du secondaire et des
dizaines d’enseignants travaillent ensemble à ce projet. Ils
bénéficient de l’aide de professeurs-chercheurs de l’Université Laval à
Québec, de l’Université de Toronto, de l’Université Iberano-America à
Puebla, et du Ministère de l’Éducation de la Catalogne à Barcelone. Les
partenariats universités-milieux sont très importants pour la
réalisation de ce projet. À titre d’exemple, à Québec, ce sont les
écoles de l’initiative l’École Éloignée en Réseau et du programme
PROTIC qui participent au projet, le tout avec l’aide des chercheurs et
des étudiants gradués de l’Université Laval, qui leur viennent en aide
dans la réalisation de leurs activités.
Une
rencontre-plénière est prévue à la fin de chaque mois pour que les
élèves puissent échanger et exposer où ils en sont dans leurs
démarches. Nous souhaitons voir des notes « élever le propos » être
présentées par les jeunes dans leur langue maternelle et en français.
Nous voulons que les élèves puissent prendre connaissance du travail
des uns et des autres, voire y contribuer. Les enseignants et les
élèves sont donc encouragés à produire un texte ou un power point
expliquant où ils en sont dans leur démarche, voir le faire parvenir
avant la rencontre sur VIA. De préférence, nous aimerions que les
rencontres en face à face soient axées vers les conversations, les
questionnements et les réflexions dans le moment.
La
grande rencontre de fin d'année aura lieu les 14-15-16 mai 2008. Lors
de cette rencontre, qui sera une conférence internationale entre tous
les élèves et les enseignants participant au projet, les communautés
d'élaboration de connaissances émergentes présenteront leurs savoirs
colletifs et interagiront avec d'autres sur les questions retenues
comme les plus importantes.
Thérèse Laferrière et Édith Bujold Université Laval Québec 2008
¹ La
coélaboration des connaissances qui se traduit en classe est une forme
avancée de coconstruction de connaissances et elle se distingue du
produit collectif qu'elle génère, à savoir un savoir communautaire sur
une question d'intérêt pour l'ensemble de la classe. Douze principes
éclairent la démarche de l'enseignant-e et des élèves. Voir www.telelearning-pds.org/u/pv/princocons.htm. ²Les
étudiants de son séminaire Apprentissage en réseau: pratiques
internationales, offert à l'Université Laval, ont ainsi pu profiter
d'un projet à grande envergure pour s'initier à l'apprentissage en
rseau, voire y faire des contributions.
Références:
Bereiter, C. (2002). Education and mind in the knowledge age. Mahwah, NJ: Lawrence Erlbaum Associates, Publishers.
Laferrière,
T. (2000). In-service education through face-to-face and on-line
interaction in learning communities. In Papers of the 25th ATEE annual
conference (Association of Teacher Educators in Europe) (pp.
23-46). Barcelona, Spain: Collegi Oficial de Doctors I
Llicenciats en Filosofio I Lletres I en Ciències de Catalynya.
Scardamalia,
M. (2003). Knowledge Society Network (KSN): Toward an expert society
for democratizing knowledge. Journal of Distance Education, 17 (Suppl.
3, Learning Technology Innovation in Canada), 63-66.
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